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Comment Lille se prépare à reprendre sa vie culturelle ? Entretien avec Marie-Pierre Bresson, adjointe au maire de Lille déléguée à la culture, au tourisme et à la coopération décentralisée. Conseillere à la Métropole Européenne.


Lors de son dernière allocution télévisée, Emmanuel Macron annonçait une réouverture des lieux culturels à partir de la mi-mai. Une lueur d’espoir suspendue à l’évolution sanitaire et au rythme de la vaccination. En février, la ville de Lille s’était portée candidate comme « ville test » pour expérimenter les protocoles de reprise d’activité. Où en est-on ?

Avec Nantes ou encore Lyon, Lille a été l’une des premières villes à se porter candidate comme « ville test » pour expérimenter des dispositifs de reprise pour les musées et les concerts. Une proposition adressée à la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, le 19 février dernier. C’était avant que l’épidémie et les mesures de freinage ne douchent à nouveau les espoirs du monde culturel. Depuis, une centaine de salles de spectacle ont rouvert leurs portes en France comme le Sébastopol, devenu théâtre de la lutte des intermittents.

Le gouvernement s’orienterait vers un calendrier de réouverture progressive pour la culture, le sport, le loisir, l’événementiel ainsi que les cafés et restaurants – une dizaine de restaurants lillois ont symboliquement ouvert leurs réservations – qui sera bâti entre la mi-mai et le début de l’été. Les musées devraient être les premiers à rouvrir. Pour les salles de spectacle – la mi-mai correspond traditionnellement à la fin de la saison – l’horizon semble plus lointain. Il y a quelques jours, Indochine, attendu au Grand Stade les 3 et 4 juillet, annonçait le report de son Central tour à 2022…

« Nous nous tenons prêts »

Quel scénario post-Covid pour Lille ? « Nous nous tenons prêts », répond Marie-Pierre Bresson, adjointe à la culture, en témoignant du « désarroi » des acteurs de la culture. « Nous avons mis au point des protocoles pour lesquels nous nous appuierons sur un comité de suivi scientifique », indique l’élue. Expositions, spectacle vivant, musique, le plan de sortie de crise se veut le plus large possible mais adapté. Ouvertures décalées des musées, tickets horodatés pour gérer les jauges, prise de température à l’entrée des lieux culturels… Une approche pragmatique. « Entre les deux confinements l’an dernier, les professionnels de la culture comme les spectateurs ont scrupuleusement respecté les consignes et les protocoles. Nous pouvons leur faire confiance. »

Des concerts itinérants

Lille pourrait-elle s’inspirer de l’expérience menée récemment à Barcelone où un concert-test a rassemblé 5 000 personnes sans distanciation mais masquées ? Le public a été testé comme l’avaient été 500 spectateurs d’une salle de théâtre en décembre sans qu’aucun cas positif n’apparaisse. Dépistage préalable pour tous ? « Pourquoi pas, si nous sommes autorisés à le faire », observe Marie-Pierre Bresson en insistant sur la protection des données personnelles.

Pour le moment, la ville privilégie des concerts en extérieur dans les parcs et jardins avec des jauges allant de 20 à 500 personnes. « Ces concerts se dérouleront dans différents quartiers de la ville, le plus souvent assis », précise l’élue. Un programme, visiblement au diapason, mêlant musique classique, du monde et électro.

Le palais des Beaux-Arts en éclaireur comme l’an dernier

Côté musées, le réveil culturel commencera par le palais des Beaux-Arts fermé depuis fin octobre. Il avait rouvert sur réservation lors du premier déconfinement en juin 2020 après deux mois d’hibernation. Les volumes du PBA, qui accueillera une exposition consacrée à Goya en octobre, facilitent la distanciation (12 000 m2, 6 000 œuvres). Le Tripostal se prépare lui à accueillir le public avec une expo prometteuse : Colors, etc. Un voyage dans le monde des couleurs qui devait initialement débuter le 9 avril…

Si le calendrier est très incertain, l’élue à la culture se dit confiante pour le jour J : « Nous avons l’habitude de la Braderie et des grands festivals… Depuis un an, les agents de la ville ont su s’adapter à toutes les situations. Les choses ne se feront pas d’un claquement de doigts. Il faudra être organisés, vigilants et rigoureux. Ce sera une responsabilité collective », ponctue l’élue qui plaide pour un comité de suivi à l’échelle de la métropole. L’an dernier, la destination Hello Lille avait été pionnière avec une charte sanitaire « Clean & safe » élaborée avec l’Institut Pasteur.

Martine Aubry et Damien Castelain ont signé une lettre ouverte à Emmanuel Macron

Mercredi dernier, l’association France Urbaine, qui regroupe les grandes villes et métropoles, a adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour demander des perspectives au président de la République. « Il est urgent d’envoyer au monde de la culture des signes forts », écrit l’association présidée par la maire de Nantes Johanna Rolland (PS). Parmi la soixantaine de signataires : Martine Aubry, maire de Lille, et Damien Castelain, présidente de la MEL.

Une tribune à laquelle ont également pris part Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris, Jean-Luc Moudenc maire (LR) de Toulouse ou encore Eric Piolle maire (EELV) de Grenoble. « Sans perspective, nous craignons que la très grande détresse des professionnels de la culture, de plus en plus vive chaque jour, se mue progressivement en amertume, puis en colère », préviennent-ils, soulignant que ce secteur constitue « un bien essentiel qui doit s’apprécier comme tel ».

Angélique Da Silva Dubuis | Publié le12/04/2021

La Voix du Nord

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